Une sauvegarde se juge le jour où l’on en a besoin — un peu tard pour apprendre à l’ouvrir. Voici ce qu’attendent vraiment Cybermalveillance.gouv.fr et la CNIL, et la deuxième fiche du trousseau : où est le double, et qui sait le ressortir.
Samedi, 10 h 40. Le bureau est à vous : pas de téléphone, pas de réunion, seulement le chauffage qui hésite. Vous êtes venu finir l’appel d’offres, à déposer lundi à midi sur la plateforme de l’acheteur. Il ne reste qu’à relire le mémoire technique.
Vous l’ouvrez. C’est celui de l’an dernier. Jeudi, en préparant la version de relecture, quelqu’un a enregistré l’ancienne trame par-dessus. Personne n’a rien vu : le fichier porte le bon nom, il est à la bonne place.
Aucune inquiétude, on a des sauvegardes. Vous ouvrez la page que le prestataire a laissée en favori sur votre poste. Une coche verte : « Dernière sauvegarde réussie ». Vendredi, 23 h. Vous cherchez de quoi revenir à mercredi. Le bouton existe ; il demande un identifiant que vous n’avez pas.
Vous faites le tour de la maison par téléphone. Tout le monde sait qu’il y a une sauvegarde. Personne ne sait la rouvrir. Le prestataire ouvre lundi, à 9 h.

Mercredi dernier, nous vous demandions : « quand avez-vous, pour la dernière fois, récupéré un fichier dans votre sauvegarde — pas sauvegardé : récupéré ? » Ce samedi répond pour vous : jamais. Le double existe, tout le monde le sait, et personne ne l’a essayé.
Ce qui se passe vraiment
La coche verte ne ment pas. Une copie a bien été faite vendredi soir. Elle ne dit simplement rien d’autre, et c’est là que l’habitude nous trompe : nous lisons « on a des sauvegardes » comme « on peut revenir en arrière ». Ce sont deux phrases différentes. La première décrit une machine qui tourne. La seconde décrit quelqu’un qui sait faire. Car une sauvegarde copie ce qu’on lui donne, erreurs comprises. Jeudi soir, elle a fidèlement copié le mauvais mémoire ; vendredi soir, elle a recommencé. La bonne version dort dans la copie de mercredi — si la sauvegarde garde plusieurs jours, ce que personne dans le bâtiment ne sait. Récupérer n’est donc pas appuyer sur un bouton : c’est choisir une date, retrouver un fichier parmi des milliers, et le remettre quelque part sans en écraser un autre. Trois gestes simples, à condition de les avoir faits une fois. C’est ici qu’intervient l’habitude. La sauvegarde a été installée un jour, par quelqu’un de compétent, et elle a toujours fonctionné — c’est-à-dire qu’on ne lui a jamais rien demandé. Chaque matin sans incident confirme la croyance. On finit par la tenir pour une propriété du bâtiment, comme l’électricité ou le chauffage, lequel hésite pourtant. Personne ne l’a mal gérée. Personne ne l’a gérée du tout, puisqu’il n’y avait rien à faire. Il y a pourtant trois questions auxquelles la coche ne répond pas, et auxquelles un dirigeant peut répondre sans rien comprendre à la technique. Qu’est-ce qui, chez nous, doit absolument pouvoir être retrouvé ? Combien de temps peut-on s’en passer avant que cela coûte un client, une échéance, une paie ? Et qui, un samedi, sait ressortir le double ? La troisième est celle du trousseau. Une sauvegarde est un double des clés : utile à condition que quelqu’un sache dans quel tiroir il dort, et qu’il ouvre encore la porte. Un double que personne n’a essayé depuis longtemps n’est pas tout à fait un double. C’est une hypothèse. La bonne nouvelle est que la réponse ne s’achète pas : elle s’essaie. Un fichier, choisi un jour ordinaire, qu’une personne de la maison récupère elle-même, et dont on note la date. Le jour où cet essai est fait, la question de mercredi dernier a enfin une autre réponse que « jamais ».
Ce que dit le texte
Toujours pas de Journal officiel, ou presque : une seule phrase du règlement, à la fin. Pour le reste, deux sources publiques ont écrit, en français ordinaire, ce qu’elles attendent d’une sauvegarde. Leur exigence tient dans un verbe que la coche verte ne connaît pas. Cybermalveillance.gouv.fr, sur le choix. Sa page consacrée aux sauvegardes, mise à jour le 14 septembre 2026, commence par rassurer : « Il n’est pas toujours possible ni nécessaire de sauvegarder la totalité de ses données » [1]. Pour trier, elle propose deux questions : quelles données ne peuvent pas être récupérées ailleurs, et lesquelles consulte-t-on ou nous demande-t-on le plus souvent. Puis elle dit sans détour ce que le samedi de 10 h 40 vient de découvrir : « Parfois, le processus de sauvegarde ne s’effectue pas correctement. » D’où sa recommandation de s’assurer régulièrement que la sauvegarde fonctionne, par exemple en la recopiant dans le système d’origine [1]. Autrement dit : en récupérant. La CNIL, sur l’essai. Son guide de la sécurité des données personnelles, dont l’édition en vigueur date de mars 2024, consacre sa fiche n° 17 à la sauvegarde. Parmi les précautions élémentaires figure le fait de tester régulièrement l’intégrité des sauvegardes et la capacité de les restaurer ; le journal des modifications du guide précise que ces tests sont un ajout de cette édition [2]. Et, parmi ce qu’il ne faut pas faire, une phrase qui pourrait servir de légende à la coche verte : « Ne jamais vérifier si les sauvegardes sont exploitables et se rendre compte que ce n’est pas le cas le jour où elles sont nécessaires » [2]. La même fiche demande de garder au moins une copie sur un site distinct et une copie déconnectée du réseau [2] — ce qui est d’abord l’affaire de votre prestataire, et la question de mercredi prochain. Le règlement, en une phrase. Pour les données personnelles, le RGPD, applicable depuis le 25 mai 2018, range parmi les mesures de sécurité attendues « des moyens permettant de rétablir la disponibilité des données à caractère personnel et l’accès à celles-ci dans des délais appropriés », ainsi qu’une procédure pour tester régulièrement l’efficacité des mesures prises (article 32, paragraphe 1, points c et d) [2]. Ce qui n’est pas exigé. Aucune de ces sources ne demande de tout sauvegarder, d’acheter un outil particulier, ni de comprendre comment la copie fonctionne. Cybermalveillance rappelle même qu’une copie faite à la main sur un disque externe est une sauvegarde [1]. Ce qu’elles demandent tient en deux verbes : choisir ce qui compte, et vérifier qu’on sait le ravoir. Le second commence par un fichier, un jour sans urgence, récupéré par quelqu’un de la maison — et se refait, puisque toutes deux écrivent « régulièrement ».
La Méthode : L’Ours, la Voiture et l’Accident
Un mot sur le nom. On dit L’Ours, la Voiture et l’Accident parce que c’est ainsi qu’on le retient ; on l’applique dans l’autre sens, parce que c’est ainsi qu’il fonctionne. La Voiture d’abord — on ne priorise pas ce que l’on ne connaît pas. L’Ours ensuite. L’Accident, lui, ne se pratique pas : il arrive.
La Voiture
Pour conduire, vous n’avez pas besoin d’être ingénieur automobile ou garagiste. Mais pour la conduire, il vous faut une formation, un permis, être en bonne santé, une voiture en bon état, et quelques informations à propos de votre destination. Cela suffit à aller de A à B sans difficulté. La Voiture embarque deux étapes :
Connaître vos dix principaux risques — pour vous, votre entreprise, votre système d’information, vos équipes et vos tiers. Ici, le premier risque n’est pas de tout perdre : c’est de tout avoir et de ne rien pouvoir en tirer avant l’échéance. Le triptyque de septembre a une lettre pour cela, la disponibilité, et c’est la seule que l’acheteur de lundi midi regardera. Le deuxième risque est plus discret : la copie fidèle d’une erreur, découverte trop tard pour remonter avant elle.
Savoir ce que vous avez. On ne protège pas ce que l’on ne connaît pas. Sur ce sujet, il ne s’agit pas de savoir comment la sauvegarde fonctionne — votre prestataire le sait — mais ce que vous devez pouvoir retrouver, et dans quel délai. Le 16 septembre, nous vous proposions d’écrire sous votre registre, en français ordinaire, ce qui est sauvegardé et où. Si vous l’avez fait, vous tenez la moitié de la réponse. L’autre moitié tient en un prénom et une date : qui sait le ressortir, et quand cela a marché pour la dernière fois.
L’Ours
Si un ours vous poursuit, vous n’avez pas besoin de courir vite. Vous avez besoin de ne pas être le dernier. L’Ours embarque deux étapes :
Prioriser. Tout n’a pas la même importance et tout ne mérite pas la même protection. Ici, une seule question fait le tri : qu’est-ce qui ne se refait pas ? Un logiciel se réinstalle, un catalogue se télécharge de nouveau. Une comptabilité, un fichier clients, des plans, des années de devis, un mémoire technique à rendre lundi ne se refont pas, ou au prix de semaines. Ce sont eux que l’on essaie en premier. Et puisqu’il est question d’ours : personne ne vous demande une sauvegarde parfaite. Il suffit d’être la maison où quelqu’un a déjà, une fois, ressorti un fichier.
Réduire. Si vous ne l’utilisez pas, ou si vous ne savez pas ce que c’est, vous n’en avez probablement pas besoin. Ici, réduire, c’est diminuer le nombre d’endroits où vivent vos documents. Chaque bureau d’ordinateur, chaque clé USB, chaque espace de stockage personnel est un endroit que la sauvegarde ne voit peut-être pas. Ramenez ce qui compte là où la copie passe, et laissez le reste là où il est. Une sauvegarde qui couvre trois dossiers que tout le monde connaît vaut mieux qu’une sauvegarde qui couvre tout, sauf l’endroit où l’on travaille vraiment.
L’Accident
L’accident n’embarque pas d’étape. L’accident, c’est de la réaction. Pour cela, on s’y prépare avant. On s’y est préparé avant, sans le savoir, en sachant ce que l’on avait et en sachant ce qui comptait. Samedi, 10 h 40, est l’accident. Il n’a rien de spectaculaire : un fichier écrasé, un week-end, un bouton qui demande un identifiant. On peut attendre lundi 9 h ; l’appel d’offres, lui, part à midi. L’autre réponse se préparait un mardi ordinaire de septembre : un fichier choisi au hasard, récupéré par quelqu’un de la maison avec un accès demandé au prestataire, obtenu et essayé, et une date notée en face. C’est ce que la fiche de la semaine vous fait écrire.

L’outil de la semaine
Le Trousseau — n° 2 : le double des clés Deuxième fiche du trousseau. La première listait les clés à rendre ; celle-ci liste les doubles, et surtout ce que l’on sait en faire. Elle se suffit à elle-même ; une seule colonne renvoie à septembre. Une ligne par chose que vous devez pouvoir retrouver. Cinq colonnes. Remplissez-la avec la personne qui connaît le mieux vos dossiers, puis montrez-la à votre prestataire : il complétera la deuxième colonne, pas les autres.
| Ce qu’il faut pouvoir retrouver | Où est le double | Qui sait le ressortir | Dernier essai réussi | Combien de temps sans |
|---|---|---|---|---|
| Dossiers d’appels d’offres en cours | Serveur ; copie chaque nuit chez le prestataire ; nombre de jours conservés inconnu | Le prestataire seulement — accès à demander | Jusqu’à la date de dépôt | |
| Comptabilité | Logiciel en ligne de l’éditeur ; export mensuel sur le serveur | Personne chez nous | Jusqu’à la prochaine échéance fiscale | |
| Fichier clients et devis | Outil de suivi commercial en ligne | Une journée | ||
| Messagerie de l’entreprise | ||||
| Documents des ordinateurs portables | ||||
| Ce qui vit hors du serveur (clés USB, espaces personnels) | ||||
| L’accès à la sauvegarde elle-même (identifiant, code) | ||||
Comment la remplir. Ce qu’il faut pouvoir retrouver — ce qui ne se refait pas, nommé comme on le nomme dans la maison. Pas tout : la question est celle de Cybermalveillance, quelles données ne peuvent pas être récupérées ailleurs [1]. Où est le double — l’endroit, le rythme de la copie et, si vous le savez, jusqu’à combien de jours en arrière on peut remonter. Si vous avez écrit, sous la Boîte à Gants n° 3, ce qui est sauvegardé et où, recopiez-le ici. « Je ne sais pas » est une réponse exacte, et c’est la question de mercredi prochain. Qui sait le ressortir — un prénom, chez vous. Le prestataire peut figurer dans la case, pas seul : un samedi, il faut quelqu’un dans le bâtiment, avec un accès obtenu, pas promis.Dernier essai réussi — la date et le nom du fichier récupéré. C’est la colonne que vous ne saurez sans doute pas remplir aujourd’hui. Vide, elle donne la réponse de samedi. Combien de temps sans — en heures, en jours, ou « jusqu’à » une échéance. C’est la colonne de direction : elle dit dans quel ordre essayer, et ce que vaut une attente jusqu’à lundi.
La règle. La quatrième colonne ne se remplit qu’après un vrai essai : un fichier, récupéré dans un dossier à part pour ne rien écraser, ouvert, lisible. Puis on passe à la ligne suivante, et l’on recommence au fil des mois, puisque Cybermalveillance comme la CNIL demandent de vérifier « régulièrement » [1] [2]. Le rythme, c’est la colonne elle-même qui vous le dira : une date trop ancienne se voit.
Cinq minutes, lundi matin
Trois gestes. Seul, sans budget, sans réunion. Trouvez la coche verte. Demandez où l’on voit l’état de la sauvegarde, ouvrez-le, et notez deux choses : la date de la dernière copie réussie, et jusqu’où l’on peut remonter, si c’est affiché. Choisissez le fichier. Celui dont la perte vous coûterait le plus cette semaine. Écrivez son nom sur la première ligne de la fiche. Écrivez au prestataire. Une phrase suffit : « Pouvez-vous nous montrer, cette semaine, comment récupérer ce fichier tel qu’il était il y a trois jours ? » Demandez que la personne qui regarde l’écran soit quelqu’un de chez vous.
Mercredi prochain
Mercredi prochain, nous ouvrons le contrat. Celui que tout le monde a signé, que personne n’a relu, et dont une page dit avec beaucoup de précision ce que votre prestataire fait — et avec beaucoup de discrétion ce qu’il ne fait pas. Une question d’ici là : si votre prestataire devait tout restaurer demain, qui paierait les heures — et où est-ce écrit ?
Références
- Cybermalveillance.gouv.fr, « Pourquoi et comment bien gérer ses sauvegardes ? », publié le 13 novembre 2019, mis à jour le 14 septembre 2026 — choix des données à sauvegarder, sauvegarde manuelle, test des sauvegardes.
- CNIL, guide de la sécurité des données personnelles, édition de mars 2024, fiche n° 17 « Sauvegarder », 14 mars 2024. CNIL, « Guide de la sécurité des données personnelles : suivi des modifications entre les différentes versions », 26 mars 2024. Règlement (UE) 2016/679 du 27 avril 2016 (RGPD), JOUE L 119 du 4.5.2016, applicable depuis le 25 mai 2018, art. 32, § 1, points c) et d) — texte reproduit par la CNIL, chapitre IV ; ELI.
Situation arrêtée au 14 octobre 2026.